Dans sa nouvelle bande dessinée “Les Catastrophobes”, Didier Tronchet veut sensibiliser, avec humour, ses lecteurs à l’urgence écologique. Comme une preuve du propre cheminement du dessinateur, ce nouvel opus est préfacé par le théoricien de la collapsologie Pablo Servigne.

Dans sa nouvelle BD, le dessinateur Tronchet imagine avec humour comment s'organiserait la résilience en cas de fin du monde.
Dans les Catastrophobes, les enfants représentant l’espoir imaginent reconstruire leur monde détruit. // Matthieu Combe

Didier Tronchet signe sa nouvelle BD “les Catastrophobes”, aux éditions Fluide Glacial. Préfacée par Pablo Servigne, théoricien de la collapsologie, elle nous interroge avec humour. Et si tout venait à disparaître à cause du dérèglement climatique, serions-nous capable de survivre? C’est la question à laquelle tente de répondre son nouveau couple de personnages, les Catastrophobes. Didier Tronchet raconte sa démarche à Natura Sciences.

Natura Sciences : Pourquoi ce titre “les Catastrophobes” ? 

Didier Tronchet : J’aime bien les titres avec des néologismes. Un catastrophobe, c’est quelqu’un qui craint les catastrophes. Et finalement, on l’est tous un peu. En tout cas, je le suis!  Même si bon, pour l’avenir, je ne pense pas qu’il y aura une immense catastrophe, plutôt une addition d’événements. J’espère qu’en prenant conscience des dangers du dérèglement climatique, on débouchera sur un tout autre mode de vie. On va y être obligés, on n’aura pas le choix. On arrive à un stade où c’est : soit changer, soit mourir.

Justement, dans “les Catastrophobes”, les personnages parlent beaucoup mais agissent peu. Est-ce pour vous le reflet de notre société ? 

Je n’avais pas cette intention, mais c’est vrai que c’est le cas. Et c’est la même chose pour beaucoup de monde. On est encore dans une phase de compréhension et d’absorption des informations. On n’a pas encore bien saisi toutes les données du problème, on ne sait pas quoi faire, et on essaie tous d’avoir un avis. Si on n’est pas dans l’action, c’est peut-être aussi parce qu’on a l’impression d’avoir encore le temps de discuter. De plus, en Occident, on n’est pas soumis au dictat de la nature.

Ce livre reflète effectivement le temps nécessaire à la discussion du problème. C’est d’abord dans leur tête que les personnages vont évoluer. Ils partent vraiment de zéro. Ils n’ont conscience de rien, et l’idée des personnages est de tout envisager. Nous, on est figés dans un mode de vie et de pensée. Surtout ma génération, qui a tout fait, qui a consommé, qui a profité de ce monde à fond, qui n’a eu aucune guerre, ni problèmes majeur. Et on arrive là, à avoir bousillé la planète. Raisonner comme le font les personnages, ça oblige à sortir de ce carcan.

Pourquoi avoir décidé maintenant de parler du dérèglement climatique ? 

Le déclic a été double. D’une part, j’ai eu l’occasion de suivre les conférences de Pablo Servigne sur l’effondrement, et j’ai pris conscience de la fragilité de notre civilisation. D’autre part je me suis aperçu que je ne serais pas capable de survivre s’il y avait un effondrement ou un problème majeur. Ça demande tellement de compétences, la survie. J’ai réalisé que je vis surprotégé dans une société qui me permet de faire de l’humour, et de profiter du travail des autres pour ma subsistance. Je me suis dis qu’il y a un vrai problème. Comment en est-on arrivé là ? J’ai eu envie de raconter ça du point de vue de quelqu’un qui se rend compte qu’il ne pourrait pas survivre. 

Quelque part on vous retrouve dans le personnage masculin du couple ? 

Oui, oui complètement, c’est moi! Cette capacité qu’on a au dénis, de ne pas du tout réaliser à quel point on vit en surci d’une certaine façon. Je l’observe, chez moi, chez les autres et dans tous les discours qu’on peut entendre. On hésite en ce moment entre les deux: le catastrophisme ou le déni. C’est les deux extrêmes dans lesquels on est, et c’est rare qu’on arrive à bien se situer entre les deux. Donc l’idée du livre c’est d’être sur le fil où on se dit : les choses sont compliquées, c’est difficile et peut être qu’elles sont graves. Mais il faut, malgré tout, au moins, conserver le sens de l’humour. 

Pourquoi avoir choisi le prisme de l’humour ?

C’est ce que j’aime plus que tout, aller dans la provocation et dans des zones compliquées. Je pense aussi que, face aux signaux extrêmement alarmistes qui nous sont envoyés actuellement, on n’a pas trouvé la bonne réponse. Et ma petite contribution est de se demander: est ce qu’on ne pourrait pas y arriver par l’humour? Par l’autodérision on peut se reconnaître dans ces personnages, et peut-être qu’une prise de conscience en ressortira. A voir si ce n’est pas, peut-être, la meilleure façon de parler à des gens qui sont saturés de mauvaises nouvelles. Aujourd’hui, tout le monde a le même réflexe, quand il y a une mauvaise nouvelle, on ne va pas plus loin et on arrête de lire. Mais si c’est de la BD, si c’est de l’humour, le message sera peut-être plus facile à faire passer.

On retrouve d’autres thèmes dans les Catastrophobes, l’égalité hommes/femmes par exemple. Ce sujet est-il lié à la crise écologique ? 

Oui. Dans cette idée d’un nouveau monde qu’ont les personnages, si c’est pour bâtir un nouveau monde qui ressemble à l’ancien sur ce plan là, ce n’est pas la peine. Tout doit changer y compris sur ces sujets. Je ressens vraiment que la partie féminine de l’humanité est bien plus capable de changement. Plus que les vieux mâles blancs comblés de tout que nous sommes. Ce qui n’est pas le cas des femmes qui ont longtemps subi cette inégalité. Elles sont encore en mouvement. Elles sont encore en combat. Donc, cette partie féminine de l’humanité est plus capable d’imaginer les bouleversements. Ce qui n’est pas le cas de l’autre, qui se satisfait bien de la situation.

Dans les Catastrophobes, les enfants de la famille disent “t’en fais pas, on va tout reconstruire”, la jeune génération est votre meilleur espoir?

Oui c’est ça. Cette génération est variée. Elle est consciente et ne veut plus du tout de ce fonctionnement qu’on leur a imposé. Je les vois s’intéresser à toutes sortes de choses en lien avec la survie de la planète. J’ai vraiment confiance en eux. Je souhaite, malheureusement, que cette génération qui est la mienne disparaisse le plus vite possible.  Nous sommes des obstacles. On trimbale tellement de vieilles choses figées, qui sont en train d’entraver et de bloquer toute avancée. C’est comme si on ne voulait pas que ça change. On est un grand frein à cette évolution. On ne peut pas exclure que cette prise de conscience de la génération future donne naissance à des solutions qu’on n’a pas encore la capacité d’imaginer. Je crois beaucoup au génie humain et je crois en la génération suivante. Cette combinaison va peut-être produire des idées qui vont nous surprendre.

Ouns Hamdi

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