Depuis l’annonce de l’élection de Joe Biden à la présidence des États-Unis, les défenseurs des causes environnementales soufflent. Durant sa campagne, le candidat démocrate avait annoncé qu’en cas de victoire, il favoriserait la transition énergétique du pays. Sa volonté de rejoindre l’Accord de Paris quitté par Donald Trump est aussi considérée comme un signal positif. Mais malgré ses intentions, certains doutent de ses réelles motivations écologiques.

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Joe Biden, le nouveau président des Etats-Unis a annoncé qu’il rejoindrait l’Accord de Paris en janvier 2021 après son investiture. PHOTO// Gage Skidmore

Après plusieurs jours d’incertitudes, Joe Biden a remporté la bataille de l’élection présidentielle américaine. Pour les opposants au climatoscepticisme de Donald Trump, son arrivée à la Maison Blanche est une bonne nouvelle. En effet, après les quatre années de défiance du président sortant à l’égard des problématiques environnementales, la situation pourrait évoluer.

Durant sa campagne, Joe Biden a affiché sa volonté de prendre le contre-pied de son prédécesseur sur les questions environnementales. Et cela lui a permis de remporter de nombreux suffrages. « Biden a gagné en partie grâce aux électeurs pour le climat. Il a reçu des dons importants de la communauté des défenseurs du climatt », affirme Leah Stokes, professeure adjointe à l’Université de Californie (Santa Barbara).

En effet, le démocrate a multiplié les annonces, notamment en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. L’une des plus symboliques a été faite sur son compte Twitter, le 4 novembre dernier. « Aujourd’hui, l’administration Trump a officiellement quitté l’Accord de Paris. Et dans exactement 77 jours, l’administration Biden le rejoindra », a-t-il déclaré sur son compte Twitter. De plus, Joe Biden a affirmé vouloir atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Cette volonté d’engagement américaine en faveur du climat s’accompagne d’un programme de politique écologique inédit.

Joe Biden défend un programme environnemental ambitieux

Les ambitions de Joe Biden composent son plan de « révolution de l’énergie propre et de justice environnementale ». S’il est réellement mis en place, il s’agira du « programme environnemental le plus ambitieux et le plus agressif de l’histoire des États-Unis » considère Umair Irfan, journaliste du média américain Vox. Ce dernier est axé sur de massifs investissements publics destinés à assurer une transition des énergies fossiles aux énergies renouvelables. En tout, le plan prévoit une enveloppe de 2.000 milliards de dollars en quatre ans.

« Je me détournerai progressivement de l’industrie pétrolière, oui. J’arrêterai parce que l’industrie pétrolière pollue considérablement » avait déclaré Joe Biden le 22 octobre, lors du dernier débat qui l’opposait à Donald Trump. Le démocrate indique également que les États-Unis pourraient être capables de développer une production électrique verte en quinze ans. Ainsi, Joe Biden se distingue du président sortant qui avait demandé au Congrès de réduire de 72% le financement des énergies renouvelables pour le budget 2018.

Ce plan propose aussi un programme de construction de logements basse consommation. En parallèle, des mesures seront prises pour inciter les Américains à acheter des véhicules électriques. Ce second point pourrait être un véritable défi car les ventes de véhicules électriques et hybrides ont reculé de 6,8% entre 2018 et 2019. En dépit des difficultés éventuelles, le président élu estime que toutes ces mesures permettront de créer dix millions d’emplois. À l’heure actuelle, trois millions d’Américains travaillent dans le secteur des énergies renouvelables.

Un retour sur la scène internationale

Le camp démocrate assure que Joe Biden souhaite que l’engagement des États-Unis pour les questions environnementales dépasse les frontières nationales. « Biden utilisera tous les outils de la politique étrangère américaine pour pousser le reste du monde à élever ses ambitions aux côtés des États-Unis » a déclaré Jamal Brown, attaché de presse de la campagne de M. Biden, à Vox.

Outre-Atlantique, la volonté d’engagement de Joe Biden est également reçue comme un signal positif. « Nous nous félicitons du retour des États-Unis à la table des leaders climatiques mondiaux, aux côtés de l’UE, de la Chine, du Japon et d’autres. L’administration Biden-Harris [Kamala Harris est la vice-présidente de Joe Biden, NDLR] a une occasion historique de mettre en œuvre l’un des plus grands efforts de relance écologique au monde, afin d’orienter l’économie américaine vers une réduction durable des émissions tout en reconstruisant le pays et en créant une société plus juste », déclare Laurence Tubiana, présidente de la Fondation européenne pour le climat.

De plus, cette fondation estime qu’il serait possible que le président démocrate soit à l’origine d’une réflexion mondiale pour limiter les émissions liées aux transports maritimes et aériens. Elle imagine également que les États-Unis pourraient tenter de persuader le Brésil de freiner la destruction de l’Amazonie. Cela passerait par un soutien financier, conjointement porté par l’Union européenne, destiné à la lutte contre les incendies et la déforestation.

Le gaz de schiste à l’origine du « F »

Joe Biden a également présenté un plan de 1.700 milliards de dollars pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2035. Malgré cela, plusieurs voix se sont élevées pour remettre en question son engagement écologique. En effet, l’aile gauche du parti démocrate estime que ces propositions sont trop modérées face à l’ampleur des enjeux climatiques. Ainsi, Alexandria Ocasio-Cortez, élue à la Chambre des représentants, considère que le futur président a une position trop « intermédiaire » et « prudente ».

L’autre point majeur de dissension avec une frange des démocrates concerne le gaz de schiste. Mme Ocasio-Cortez reproche à Joe Biden son avis peu tranché sur la fracturation hydraulique, procédé par lequel ce gaz est obtenu. Ainsi, cette figure du Parti démocrate aurait aimé que le président élu opte pour une interdiction rapide de cette pratique, de laquelle dépend 35% de la production énergétique américaine. Actuellement, M. Biden ne souhaite pas faire cesser ce mode de production, et demande uniquement une réglementation.

De manière générale, les partisans du Green New Deal ne peuvent s’en satisfaire. En effet, l’extraction du pétrole ou du gaz de schiste implique d’injecter des liquides à forte pression dans les sols qui les contiennent. Or, ce procédé a pour conséquence de polluer les nappes phréatiques. C’est pourquoi l’ONG Sunrise Movement, créatrice du Green New Deal, estime que le plan Biden vaut un « F ».

Auteur : Chaymaa Deb, journaliste de Natura Sciences


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